Quand on parle de violences sexuelles, les antiféministes citent de la Littérature

Il y a sur ce blog beaucoup beaucoup de billets consacrés aux violences sexuelles dans la littérature. Pour être honnête, ce n’était pas prévu. Plusieurs fois je me suis dit « bon ce serait bien que je parle d’autre chose maintenant, trouver un autre sujet, il y en a tant, c’est le dernier billet que je fais sur les violences sexuelles ». Mais le sujet revient toujours au galop, bon gré mal gré comme dirait Perceval.

Et c’est là que j’ai pris conscience d’une chose : ce n’est pas moi qui suis obsédée par les violences sexuelles dans la littérature, ce sont les antiféministes qui ont commencé. C’est  un running gag : si vous parlez de violences sexuelles réelles, de harcèlement notamment, de ces mecs qui pensent être de simples « séducteurs », vous pouvez être à peu près sûr⋅e, pour peu qu’il y ait quelques réacs dans le coin, que le #PointLittérature va sortir au bout de trente secondes. C’est absolument fascinant. Personne ne parlait de littérature pourtant, mais les références arrivent à une vitesse incroyable.

Les féministes insistent sur la nécessité d’une éducation à l’égalité et au consentement à l’école, défendent les ABCD de l’égalité. François-Xavier Bellamy répond qu’il faudrait plutôt réapprendre par cœur des poèmes :

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100 films à voir AVANT de devenir féministe

Bien sûr, si vous arrivez sur ce blog, le mal est sûrement déjà fait. Comme moi, vous avez avalé la pilule, et non seulement vous ne regardez plus le monde de la même façon, mais vous ne regardez plus non plus les films de la même façon.

Mais dans mon malheur j’ai eu de la chance : je suis devenue féministe assez tard pour avoir le temps de regarder beaucoup de films. Il faut dire qu’au lycée et en prépa, regarder un bon film pour ma « culture générale » était ma méthode préférée pour procrastiner sans culpabiliser. Après j’ai découvert Twitter (à peu près au moment où je suis devenue féministe – il y a un lien) et j’ai trouvé d’autres façons de procrastiner. Entre-temps je me suis fait une honorable culture de cinéma classique, composée d’excellents films que j’évite désormais de revoir.

Si vous êtes là et que vous n’êtes pas féministe, quelques conseils. 1) Devenez féministe, non mais ! 2) Débrouillez-vous pour regarder en urgence tous ces films si vous voulez avoir la chance de les apprécier un jour.

Catégorie blockbusters

♣ James Bond

On se réveille un beau matin, on traîne sur des sites féministes, et on entend parler de « la scène de viol dans Goldfinger » . Et là, soudain, on se demande comment on a fait pour ne pas voir le problème à … 10 ou 12 ans. Goldfinger est probablement l’exemple le plus caractéristique de l’érotisation du non-consentement dans la série des James Bond, mais c’est une constante, dans les premiers films comme dans les plus récents (voir l’analyse de la scène de Spectre dans la vidéo sur Harrison Ford).

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Etudier la culture du viol dans la littérature : entretien avec Roxane Darlot-Harel

Pour ce nouveau billet, je vous propose une discussion avec Roxane Darlot-Harel, étudiante en Lettres, à propos de son mémoire de recherche sur la littérature libertine du XVIIIe siècle.

– Tout d’abord, merci beaucoup d’avoir accepté cet entretien ! Pour commencer, pourrais-tu résumer très rapidement le sujet de ton mémoire et la réflexion qui t’a conduite à travailler sur cette question ?

– J’ai travaillé en deuxième année de Master (2015-2016) sur « la culture du viol dans la littérature libertine du XVIIIe siècle » ; à force de lire des romans libertins (puisque je travaillais sur Crébillon et Vivant Denon en première année), je me suis rendu compte d’une constante, et j’ai voulu la mettre en lumière : les relations intersexuelles dans cette littérature (c’est-à-dire les relations entre les sexes, puisqu’on reste essentiellement dans un paradigme hétérosexuel) se construisent toujours sur une esthétique de la violence dans laquelle les femmes étaient des proies qui disaient « non » et les hommes des prédateurs qui cherchaient à mettre ces proies dans leur lit, et on veut nous faire croire que les femmes sont, dans l’histoire, manipulatrices, hypocrites, nymphomanes, tandis que les hommes sont finalement victimes de cette sensualité perverse féminine. Il s’agit en fait de faire penser au lecteur que, dans les relations sexuelles libertines, les femmes qui disent « non » veulent toujours dire « oui » mais ne peuvent pas à cause des convenances, et il s’agit donc de discréditer systématiquement la parole féminine : on ne peut pas croire les femmes, ces créatures assoiffées de sexe. Les femmes sont toujours coupables, même si stricto sensu, dans le texte, on lit un viol… ce qui rappelle étrangement les tendances actuelles à faire culpabiliser les victimes de violences sexuelles, à croire l’agresseur plus que la victime.

Il m’a donc semblé intéressant de mobiliser le concept ultra-contemporain de « culture du viol », ce qui n’avait jamais été fait auparavant dans la recherche, pour aborder cette constante de la littérature libertine (française, mais pas seulement) au XVIIIe siècle, et pour montrer en quoi nos conceptions sont, au XXIe siècle, largement héritées de cette période et de cette littérature. Car si la littérature libertine n’a pas inventé la domination masculine, le viol ou les violences sur les femmes en général, elle a largement contribué à modeler, cristalliser, orienter notre pensée.

Cela conduit, encore aujourd’hui, à interpréter des textes libertins écrits par des hommes sur les femmes, et mettant en scène des violences d’hommes sur des femmes, comme la description rose, idéale, froufrouteuse, de relations consenties et heureuses entre des hommes et des femmes libres de toutes conventions : il suffit de voir les expositions consacrées au XVIIIe dans les musées aujourd’hui pour se rendre compte que le libertinage est constamment envisagé comme quelque chose de beau, de doux, où la violence demeure une esthétique (et encore, quand on parle de violence) qui ne revêt aucune substance réelle. C’est contre ces préjugés faux que j’ai voulu m’élever dans mon mémoire, car il m’est apparu qu’idéaliser le XVIIIe était, non seulement dangereux, mais aussi contre-productif pour comprendre l’époque dans laquelle nous vivons.

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Des violences sexuelles chez la Comtesse de Ségur ? Un débat entre lectrices, en 140 caractères

Comme j’ai déjà écrit un billet aujourd’hui, j’en poste un deuxième, mais cette fois en gardant les mains dans les poches.

Caroline Muller, chercheuse en histoire (très bientôt docteure !), a proposé hier sur twitter une lecture de la Comtesse de Ségur avec son regard d’historienne sur les enjeux sociaux et culturels des situations représentées. Julie Giovacchini est intervenue à propos du troisième chapitre de Diloy le chemineau, pour discuter de l’éventuelle présence de violences sexuelles dans l’oeuvre.

Leurs échanges sont passionnants du point de vue des tensions entre contextualisation culturelle et regard anachronique, montrent la nécessité de sortir du texte dès que l’on veut discuter des violences sexuelles et mettent bien en avant les effets de lecture que produisent nos savoirs sur les mécanismes typiques d’invisibilisation des violences sexuelles sur des textes qui peuvent avoir une toute autre fonction tout en les mettant en scène.

Bref, j’ai pensé que cet échange pouvait compléter sous un autre format les réflexions amorcées ici (mais aussi par Caroline Muller dans son carnet de recherche) sur les violences sexuelles dans les textes. Je les remercie de m’avoir permis de reproduire leur discussion. Bonne lecture !

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– J’ai relu Diloy le chemineau cet après midi. L’histoire est simple : on suit les aventures d’une famille noble, les Orvillet, et leurs relations à leur voisinage – et surtout la façon dont les enfants sont éduqués. L’histoire tourne autour de la jeune Félicie qu’il faut réformer car elle a de « grands airs » c’est-à-dire que, consciente de sa position sociale de fille de comte, elle méprise ceux qu’elle appelle « les sales paysans ». Tout le livre raconte comment sa famille vient à bout de son mépris (de classe), livrant au passage la vision du monde de la Comtesse de Ségur. Evénement de départ : après avoir quitté sa bonne suite à une querelle, Félicie croise un jour dans le bois Diloy le chemineau qui veut l’aider à dépasser un tas de bois sur le chemin ; il lui saisit la main pour l’aider et elle l’abreuve d’injures. L’homme est ivre, corrige Félicie (elle a presque douze ans) sans comprendre que c’est la fille du comte. L’histoire du livre est celle de cette relation et l’occasion pour la Comtesse de dire plusieurs choses à travers la bouche de la mère de Félicie : 1/ les châtiments corporels sont une brutalité (un débat du temps de la Comtesse) ; 2/ Diloy se repent, et se tait – à cause de l’honneur de Félicie. A la suite de cela, Diloy sauve la vie à plusieurs membres de la famille ; il intègre le service de Mme d’Orvillet (ce qui ne plaît pas à Félicie).

– Personnellement, je bloque à cause de cet aspect. Félicie subit une agression avec dimension sexuelle (la « honte » revient chaque page) et le message de toute sa famille et du livre, c’est « tu l’as bien cherché » et « surtout tais-toi, pardonne et embrasse ton agresseur ». Il y a un implicite très gênant à ce niveau – tellement gênant que je me suis toujours demandé s’il n’y avait pas un traumatisme réel derrière. Une fessée sur une jeune fille, c’est très ambigu. Surtout à une époque où on ne montre pas ses jambes. La description de la scène est terrible.

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Virilités académiques : genre et discours critique. (1) les personnages féminins forts comme mythe ?

Je commence une nouvelle série de billets courts (du moins, je vais essayer) à partir des contributions au tumblr « Virilités académiques » que des ami⋅es et moi avions lancé en partie pour plaisanter et qui demande encore à être complété (sortez vos archives).

Ce tumblr est constitué d’extraits très différents, issus d’ouvrages universitaires ou du moins spécialisés dans le domaine des lettres et sciences humaines et sociales (ellessachesse comme on dit chez nous) et vise à mettre en valeur leurs biais sexistes, androcentrés, hétérosexistes et hétérocentrés. Le but n’est pas simplement de ridiculiser leurs mâles auteurs, mais d’abord de mettre en valeur les théories cocasses, contestables voire totalement incompréhensibles que produit l’absence de réflexion épistémologique sur le genre et sur le point de vue masculin dans le champ de la recherche et de la critique universitaire.

Une des pièces les plus remarquables de cette collection – un texte de Jean-René Ladmiral sur la traduction – avait été auparavant longuement commentée par Claire Placial, comparatiste et spécialiste de traductologie, dans un billet passionnant. Je vais tenter de poursuivre ici l’entreprise dans le domaine de la critique et de la théorie littéraires ; les contributions au tumblr comme à cette série sont bien sûr bienvenues.

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Le mythe est partout. Donnons-en quelques exemples. Convoquons la saga débridée de Jacques Tardi, Les aventures d’Adèle Blanc-Sec qui, dans le Paris d’avant 1914, fait courir une jeune femme émancipée avec laquelle les hommes ont fort à faire. Confrontée au machisme et au machiavélisme éhontés de ses adversaires, l’héroïne nous rappelle que les mâles ont, décidément, du mal à cohabiter avec “l’autre moitié de l’humanité”. Ce faisant, Adèle Blanc-Sec nous apporte la preuve que la différence sexuelle, loin d’être un simple piment narratif, est un ressort qui, intelligemment exploité, confère aux bandes de cette série une épaisseur suffisante pour que lecteurs et lectrices échangent (au moins partiellement) leurs rôles ou postures. En bref, le modèle mythique de l’androgyne (cf. la figure du “garçon manqué”) n’est pas sans interférer sur l’idée que nous nous faisons d’Adèle Blanc-Sec.

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Pétition : pas d’agrégation de Lettres sans autrices

J’ai participé au sein d’un collectif d’enseignant⋅es, d’étudiant⋅es et de citoyen⋅nes à l’élaboration de la pétition suivante, que vous pouvez signer sur le site Change

L’an prochain, les agrégatives et agrégatifs de lettres classiques et de lettres modernes étudieront les auteurs français suivants pour le concours externe : Chrétien de Troyes, François Rabelais, Jean Racine, André Chénier, Gustave Flaubert et Nicolas Bouvier. Les agrégatives et agrégatifs de lettres modernes travailleront en outre sur un nouveau programme de littérature comparée, « Expériences de l’histoire, poétiques de la mémoire », rassemblant Joseph Conrad, António Lobo Antunes et Claude Simon, auquel s’ajoute l’ancien programme reconduit, « Formes de l’action poétique », avec René Char, Mahmoud Darwich et Frederico García Lorca.

Douze auteurs, aucune autrice, pour la neuvième fois au cours des vingt-cinq dernières années. C’était aussi le cas en 1997, en 1998, en 1999, en 2004, en 2007, en 2008, en 2009 et en 2016. En fait, depuis 1994, les programmes d’agrégation de lettres n’ont proposé que treize autrices : Marie de France et Christine de Pizan, Marguerite de Navarre et Louise Labé, Madame de Sévigné, Madame de Staël, Marguerite Duras et Marguerite Yourcenar pour les programmes de littérature française ; Nathalie Sarraute, Anna Akhmatova, Mary Shelley, Virginia Woolf et Sarah Kane pour les programmes de littérature comparée. Contre 223 auteurs (certains revenant régulièrement), que nous éviterons d’énumérer. Soit une autrice pour 17 auteurs : bref, trop peu.

Certes, les autrices sont moins nombreuses pour des raisons historiques et sociales. On dit que les femmes ont dû attendre leur émancipation au XXe siècle pour pouvoir écrire – mais pourquoi dans ce cas, y a-t-il autant d’autrices du XXe siècle dans le programme de littérature française que d’autrices du XVIe siècle ? En dépit de ces justifications, la constitution d’un canon littéraire demeure un processus politique1, auquel continue de participer le concours de l’agrégation en proposant aux agrégatives et aux agrégatifs des programmes de douze auteurs masculins, programmes censés, par leur souci de variété chronologique, générique, géographique et linguistique, leur présenter un échantillon plus ou moins représentatif de la littérature.

Les enjeux de la représentation des autrices dans les programmes d’agrégation sont pourtant nombreux : ils sont symboliques, car que retenir de ces programmes exclusivement masculins sinon que les femmes ne sont pas capables de produire des œuvres dignes d’être étudiées ? Ils concernent la recherche, l’édition et l’accessibilité de certains textes anciens (citons ceux de Christine de Pisan) ; ils ont trait à l’enseignement des œuvres dans le secondaire et dans le supérieur, puisque les œuvres au programme de l’agrégation sont souvent reprises dans des cours ultérieurs de tous niveaux. L’étude et la connaissance d’œuvres d’autrices, du contexte et des conditions dans lesquelles les femmes ont écrit au cours des siècles doit faire partie de la formation des enseignant⋅e⋅s à l’égalité de genre, et cette formation ne peut être cantonnée hors de leur discipline2.

Nous appelons l’ensemble des personnes qui jouent un rôle dans la conception et la sélection des œuvres au programme à prendre conscience de ces enjeux. Il est évident que dans d’autres disciplines, ce problème est posé lors de la conception des programmes. Ainsi pour l’agrégation d’anglais, dont le programme ne comporte que cinq œuvres de tronc commun, avec deux œuvres supplémentaires en option, s’il est arrivé qu’il n’y ait aucune autrice au cours des dix dernières années, on en compte régulièrement une, deux ou trois en tronc commun. Cela n’est pas simplement possible parce que les autrices anglophones seraient plus nombreuses, mais aussi parce qu’un travail critique de fond sur le canon a été mené dans les pays anglophones.

Nous demandons donc que la question de la représentation des autrices dans le programme d’agrégation fasse partie des préoccupations des président⋅e⋅s de jury au moment de la sélection définitive des programmes, que la nécessité de faire étudier des autrices soit explicitée auprès des concepteurs et conceptrices des programmes, et qu’une concertation ait lieu au moment où le choix des œuvres est arrêté, afin qu’il n’y ait plus de programme d’agrégation sans aucune autrice, aussi bien pour l’agrégation de lettres classiques que pour l’agrégation de lettres modernes.

Nous souhaiterions en outre qu’une autrice soit présente au moins dans l’un des deux programmes de littérature comparée pour l’agrégation de lettres modernes. Nous restons conscient⋅e⋅s de la difficulté à élaborer un programme intéressant et adapté à l’agrégation à partir de contraintes multiples, et nous considérons que les enjeux de la représentation de domaines linguistiques ou culturels moins étudiés sont également importants, mais la présence d’autrices au programme n’est pas incompatible avec cette diversité, comme l’a par exemple montré le programme « Permanence de la poésie épique au XXe siècle » (Akhmatova, Hikmet, Neruda et Césaire). Le fait de formuler cet enjeu en amont au sein de la Société Française de Littérature Générale et Comparée pourrait ainsi éviter qu’à chaque fois qu’un programme a pour objet principal les femmes, toutes les œuvres soient écrites par des hommes, comme cela était le cas pour les programmes « Poètes de l’amour » (Ovide, Pétrarque, Shakespeare et Goethe), « Comédie et héroïsme féminin » (Aristophane, Shakespeare, Molière et Goldoni) ou « Destinées féminines dans le contexte du naturalisme européen » (Zola, Hardy et Fontane).

1. Christine Planté, « La place des femmes dans l’histoire littéraire : annexe, ou point de départ d’une relecture critique? », Revue d’histoire littéraire de la France, vol. 103, 2003.

Michèle Touret, « Où sont-elles ? Que font-elles ? La place des femmes dans l’histoire littéraire. Un point de vue de vingtiémiste », Fabula-LhT, n° 7, « Y a-t-il une histoire littéraire des femmes ? », avril 2010

Saba Bahar, Valérie Cossy, « Le canon en question : l’objet littéraire dans le sillage des mouvements féministes », Nouvelles Questions Féministes. vol. 22, 2003, p. 4-12.

2. Le rapport « Faire des personnels enseignants et d’éducation les moteurs de l’apprentissage et de l’expérience de l’égalité » du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes recommande notamment de « faire de l’égalité filles-garçons une connaissance requise pour l’obtention des diplômes d’enseignant⋅e⋅s » et d’ « intégrer l’égalité filles-garçons dans les programmes des concours, tant sur le plan transversal que disciplinaire ».

Baudelaire ou Rousseau : les femmes doivent choisir

Hier était dévoilée l’affiche du prochain festival de Cannes : une photo de Claudia Cardinale dansant pieds nus en 1959 à Rome. Rapidement, on fait remarquer que la photo a été retouchée, pour que les pieds apparaissent plus petits, les jambes plus fines, la poitrine plus haute et sa mèche un peu moins rebelle. Plusieurs féministes font remarquer qu’outre le procédé lui-même, l’historique du festival de Cannes en matière de sexisme aurait dû éviter ce qui est, au-delà du sexisme évident d’une telle retouche, une énorme bourde médiatique.

On aurait pu penser que ces protestations légitimes étaient suffisantes, et que le débat – moins grave que les femmes lapidées et autres vrais problèmes – pouvait se clore rapidement, étant donné que l’erreur est assez évidente. Pourtant, ce matin, un philosophe propose d’élever ce débat de féministes un peu ras-les-pâquerettes, avec un éclairage philosophique sur les vrais enjeux de cette retouche, en partant de la réponse faite par Claudia Cardinale elle-même, qui défend la retouche.

Selon Raphaël Enthoven qui nous fait l’honneur de mecspliquer les termes du débat, ce désaccord entre des militantes féministes et l’actrice dont le corps a été retouché nous permet d’assister au « choc frontal de deux féminismes », opposant Nadia Daam, qui avait réagi sur Twitter à la retouche, à Claudia Cardinale.

A gauche, […] un féminisme de combat, manifestement, qui comme Jean-Jacques Rousseau combat l’artifice comme il combat le mensonge, et à droite, [un] féminisme […] qui ne fait la guerre qu’au temps qui passe et, à l’image de Baudelaire, revendique l’artifice comme un art de séduire. Le premier féminisme refuse d’être dupe, le second ne cache pas qu’il nous trompe. Le féminisme Daam s’indigne, vitupère, démontre, proteste et célèbre la nature, qui dit la vérité ; le féminisme Cardinale danse, chante, virevolte, récite son texte, et fuit la nature, qui enlaidit. Daam repère un esclavage dans le souci de plaire ; Cardinale trouve sa liberté dans le goût de faire tourner les têtes. Daam lutte contre les photos retouchées, comme si sous la retouche il y avait l’authentique, alors qu’aux yeux de Cardinale, sous la retouche, il y a juste la banalité.

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